2 mai 2025
Au cours de ce mois d’avril, bon nombre d’internautes et de personnalités publiques se sont pris au jeu de la création assistée par IA, en générant leur portrait dans le style du célèbre studio Ghibli, grâce à la dernière mise à jour de ChatGPT. Le résultat est effectivement bluffant, et la demande de ces images a été telle que Sam Altman, patron d’OpenAI, a dû limiter les possibilités de demande par les utilisateurs, les serveurs de l’entreprise étant en surchauffe.
La génération d’image par IA n’est pas nouvelle, ni uniforme, en témoignent récemment les nombreux “starter packs” qui essaiment sur Linkedin, ou les curieux “Italian brainrot animals” qui ont envahi Tiktok. Mais la “trend” Ghibli, et surtout sa parfaite imitation, est problématique. En effet, OpenAI n’a pas passé d’accord de licence avec le studio japonais; or, la qualité du résultat force à se demander si l’entreprise n’a pas, au mépris du droit d’auteur, entraîné son modèle d’IA sur les images de Ghibli.
Ce cas est loin d’être isolé, et intervient à un moment charnière où l’UE et les Etats membres mettent les fournisseurs d’IA et les entreprises culturelles autour de la table pour convenir d’un accord qui permette l’innovation et l’entraînement de modèles d’IA tout en permettant aux auteurs, médias, cinéastes, photographes, acteurs et autres, de recevoir une rémunération appropriée pour la mise à disposition de leurs données.
Certains accords ont déjà été passés, par exemple entre OpenAI et Le Monde, Gennario et la SACD, ou encore Mistral et l’AFP; mais en l’absence d’un cadre global, rien ne force les grands modèles d’IA à déployer des protections suffisantes pour les contenus qu’ils aspirent.
Ces discussions se déroulent au niveau de l’Union européenne, en l’attente de l’application, le 2 août du grand Règlement sur l’IA, que nous avons voté l’année dernière. En tant que députée européenne, je dialogue régulièrement avec les secteurs de la tech et de la culture, et suis engagée sur un rapport parlementaire traitant de la relation entre IA générative et droit d’auteur. L’enjeu est de taille : créer un cercle vertueux avec des modèles d’IA d’excellence, entraînés sur des données de qualité, avec des créateurs correctement rémunérés ayant une place centrale dans le processus.
C’est également une question clé, civilisationnelle, pour la diversité culturelle et la souveraineté de notre continent européen : notre créativité ne peut et ne doit pas être aspirée sans consentement ni rémunération. Nos artistes, cela va sans dire, ne peuvent pas être remplacés par des modèles d’IA : leur travail n’est pas un agrégat généré par un hasard algorithmique, mais reflète une sensibilité humaine unique. Le combat continue et fera l’objet de discussions nourries au Parlement européen, mais aussi dans les grands festivals où je porterai la voix d’une Europe qui promeut l’innovation tout en protégeant sa culture.
Laurence Farreng, Députée Européenne

