Ce lundi, Donald Trump a signé un décret visant à protéger les consommateurs contre les pratiques abusives des revendeurs de billets et à introduire des « réformes de bon sens » dans la tarification des événements en direct. Cette annonce, faite depuis le Bureau ovale en présence de Kid Rock, marque une nouvelle offensive contre le marché secondaire des billets.
L’image est pour le moins surprenante : Donald Trump, affichant son teint caractéristique, et Kid Rock, en patriote rockabilly, discutant politique culturelle. Pendant qu’Abraham Lincoln pourrait bien se retourner dans sa tombe, le président américain officialise une mesure censée limiter les hausses de prix induites par les revendeurs de billets de concerts.
Une réponse politique à une frustration généralisée
« Toute personne ayant acheté un billet de concert ces dix ou vingt dernières années – quelle que soit son opinion politique – sait à quel point c’est un casse-tête », a déclaré Kid Rock.
Le décret s’appuie sur des réglementations fiscales introduites sous l’administration Biden en 2023, qui imposaient aux plateformes de revente de déclarer à l’Internal Revenue Service (IRS) toute transaction dépassant 600 dollars. La mesure signée par Trump va plus loin en durcissant ces règles et en ciblant les « intermédiaires sans scrupules qui imposent des frais exorbitants ».
Dans le texte, Trump justifie cette décision en dénonçant les méthodes des revendeurs :
« Ces derniers utilisent des bots et d’autres pratiques déloyales pour acheter en masse des billets à leur valeur initiale, avant de les revendre à des prix exorbitants sur le marché secondaire. Cela escroque les consommateurs et prive les fans de l’opportunité d’assister aux concerts de leurs artistes préférés sans devoir payer des sommes astronomiques. »
L’ancien président reconnaît d’ailleurs qu’il n’était pas particulièrement informé sur le sujet avant de s’y intéresser de plus près :
« Je ne connaissais pas grand-chose à ce sujet, mais j’ai creusé et c’est un gros problème », a-t-il affirmé.
Cette soudaine prise de conscience intervient après la polémique entourant la tournée « Eras Tour » de Taylor Swift, où les prix des billets avaient flambé, au point que le Sénat américain s’en était mêlé.
Une opération politique bien orchestrée
Pour donner une dimension plus populaire à cette annonce, Trump s’entoure d’une figure appréciée d’une partie de son électorat : Kid Rock. Ce dernier, se posant en défenseur de la classe ouvrière, plaide pour un plafonnement des prix de revente :
« Il y a assez d’argent pour tout le monde », affirme-t-il, avant d’ajouter, non sans une pointe d’autodérision, qu’il est lui-même « trop payé ».
De son côté, Live Nation – acteur incontournable de l’industrie du spectacle et propriétaire de Ticketmaster – a salué cette réforme, tout en insistant sur la nécessité de renforcer les mesures contre les bots qui achètent automatiquement des billets en grande quantité. Mais alors que l’administration Trump semble s’attaquer aux abus du marché secondaire, elle évite soigneusement de remettre en cause les monopoles bien établis.
Une mesure qui cache des intérêts plus larges
Au-delà du spectacle médiatique, une réalité plus préoccupante demeure. Si la lutte contre les revendeurs profiteurs est légitime, elle détourne l’attention d’enjeux plus profonds, notamment la concentration du marché entre les mains d’un petit nombre d’acteurs puissants. Ticketmaster, accusé d’abus de position dominante sous l’administration Biden, bénéficie aujourd’hui d’une posture plus conciliante de la part de Trump, qui le présente davantage comme un partenaire de la réforme qu’un véritable problème à résoudre.
En définitive, cette mise en scène ressemble davantage à une manœuvre politique qu’à une réforme structurelle. Trump se positionne en défenseur des fans, Kid Rock en justicier du peuple, et les grandes entreprises du divertissement continuent de dominer le marché. Plutôt que de réellement réformer l’industrie musicale, cette initiative semble surtout servir à capter l’attention du public et à détourner le débat des véritables responsables de l’inflation des prix.
« Make America Fun Again » ? Plutôt « Make America Distracted Again ».

